Michelin 24H de Barcelone 2025 : Dernier Round.

Le week-end commence sur la route. Décollage, direction Barcelone. Ce mélange d’excitation et de lucidité propre aux déplacements longs revient immédiatement, penser au matériel, espérer ne rien avoir oublié, surveiller la météo, imaginer comment la course va se dérouler, comment le week-end va s’articuler.

Avant même d’arriver sur le circuit, l’événement a déjà commencé dans ma tête.

 

À l’arrivée au Circuit de Barcelona-Catalunya, première reconnaissance. Marcher, observer, comprendre les accès, les distances, les zones autorisées, et surtout analyser la lumière. Le circuit est large, très ouvert, sans véritable "mur" naturel pour structurer les images. Il y a des circuits qui se prêtent à la carte postale et d’autres qui ne cherchent pas vraiment à séduire. Barcelona-Catalunya fait clairement partie de la seconde catégorie.

 

Les Michelin 24H of Barcelona marquent chaque année la fin de la saison européenne de Creventic et des 24H Series. Sur le calendrier, c’est la dernière en Europe. Sur le terrain c’est surtout une épreuve qui condense tout ce que l’endurance impose, de longues heures, une lumière souvent ingrate, une organisation massive et un rythme qui laisse peu de place à l’improvisation. Avec ses 4,657 km et son profil de tracé Grand Prix, le circuit n’est pas le plus spectaculaire visuellement, mais sur 24 heures, il devient un environnement exigeant, autant pour les équipes que pour ceux qui sont là pour documenter la course.

Chercher la lumière.

Une fois sur place, les premières heures servent à prendre ses marques : accès piste, zones autorisées, orientations du soleil, endroits où la lumière tombera juste… et ceux où elle ne tombera jamais. Il faut marcher, observer, mémoriser, comprendre comment le circuit fonctionne avant même de penser à produire des images.

 

Les essais permettent ensuite de trouver le rythme. Tester des points de vue, revenir plusieurs fois au même endroit, ajuster. La lumière est dure, presque verticale, typique de Barcelone. Rien n’est "donné". Les premières images servent surtout à calibrer l’approche, à accepter que tout ne fonctionnera pas, à noter mentalement ce qui peut marcher plus tard, notamment à l’approche de la fin de journée, quand la lumière commence enfin à évoluer.

La course support joue ici un rôle important dans la construction du week-end. Le TCR Europe accompagne l’événement avec plusieurs courses réparties sur les journées, installant une ambiance différente, plus directe, plus proche du public. Les voitures repassent souvent, les situations se répètent, ce qui permet de vraiment entrer dans le rythme du circuit.

C’est une bonne manière de se mettre dans le bain, de travailler sans pression inutile, tout en construisant une continuité visuelle sur l’ensemble du week-end. Photographiquement, c’est un autre tempo, moins de tension que l’endurance, mais une vraie régularité, idéale pour affiner des cadres, tester des angles et rester en mouvement sans brûler trop d’énergie dès les premières heures.

Début du marathon.

Le samedi, tout s’accélère. Le paddock se densifie, les équipes entrent réellement dans leur course. La traditionnelle Grid Walk a lieu, les passionnés peuvent approcher les voitures et les pilotes, l’ambiance est étonnamment calme avant le grand départ, presque suspendue. Chacun semble à sa place, concentré, déjà dans sa course.

Le circuit commence alors à vivre en continu. De mon côté, il faut faire des choix, ne pas courir partout, garder de l’énergie, penser sur la durée. Les 24H de Barcelone ne sont pas un sprint, ni pour les équipes, ni pour le photographe.

 

12h00 Le départ est donné. Les GT3 s’installent rapidement dans leur rythme et, très vite, la course devient un flux constant, dépassements réguliers, stratégies qui se mettent en place, premiers écarts qui se creusent. Photographiquement, il faut se caler. Trouver des images lisibles, propres, sans chercher l’effet à tout prix. Le circuit reste assez ingrat à cette heure de la journée, mais certains angles commencent à fonctionner à mesure que le soleil descend.

À l’approche du coucher du soleil, tout change. Les contrastes deviennent plus intéressants, les volumes ressortent enfin. C’est souvent à ce moment-là que Barcelone commence réellement à donner quelque chose visuellement, même si ce soir-là, le circuit doit composer avec son lot de nuages. Les dernières images de jour servent de transition. On sait que la nuit sera longue et qu’il faudra gérer le rythme, les pauses et l’attention sur la durée.

Changement de Tempo.

La nuit est le véritable point de bascule. Une fois le soleil couché, Barcelone change complètement de visage. Les projecteurs écrasent certaines zones, en laissent d’autres dans l’ombre et les phares deviennent les seuls repères en piste. Le travail devient alors plus physique, gérer la fatigue, rester attentif, continuer à déclencher avec intention, sans tomber dans l’automatisme.

Les stands prennent une importance particulière. Mécanos, pilotes, échanges rapides, regards fatigués… Tout ce qui fait l’endurance au sens humain se concentre dans ces espaces étroits, éclairés artificiellement, où la course se joue parfois autant qu’en piste.

Dernier effort.

Le dimanche matin arrive toujours plus vite que prévu. La lumière est plus froide et la fatigue est visible partout, sur les visages comme dans les gestes. Le rythme ne ralentit pas encore, mais quelque chose a changé. Les équipes commencent à compter, les autos arborent des cicatrices de guerre. C’est souvent à ce moment-là que les images les plus justes apparaissent, pas forcément celles qui impressionnent immédiatement, mais celles qui racontent ce que ces 24 heures ont réellement coûté.

La fin de course n’est pas une explosion, mais un relâchement progressif. Les voitures passent la ligne, les équipes soufflent, le circuit commence à se vider. De mon côté, je fais encore quelques images, plus calmes, plus distantes. Ranger le matériel, marcher une dernière fois dans le paddock, observer sans déclencher. Le week-end touche à sa fin.

Dans les faits.

Sportivement, l’édition 2025 a tenu ses promesses. HOFOR Racing s’impose au général avec sa Mercedes-AMG GT3 EVO, signant également la victoire en GT3-AM. Derrière, HAAS RT place son Audi R8 LMS GT3 EVO II à la deuxième place et s’adjuge la victoire en GT3 PRO, tandis que Juta Racing complète le podium. Plus loin au classement, Proton Huber Competition, avec la Porsche 911 GT3 R (992), sécurise une quatrième place stratégique qui lui permet de valider les titres du championnat. Une course construite sur la régularité, la gestion et la capacité à éviter les erreurs majeures, plus que sur l’attaque pure.

 

En quittant Barcelone, il reste surtout une impression de densité. Un week-end long, exigeant, sans facilité particulière, mais cohérent du début à la fin. Les 24H de Barcelone 2025 n’ont pas été une course “spectacle”, mais une véritable course de fond, au sens strict du terme. Et c’est précisément ce qui en fait un terrain intéressant à documenter, rien n’y est gratuit, ni en piste, ni derrière un appareil photo.